Test : Fromage

Test : Fromage

Cette critique a été rédigée à l’aide d’un exemplaire fourni par l’éditeur.

Ah, la France, le pays du fromage

Ce n’est un secret pour personne, avec un nombre incalculable de variétés de fromage, la France est sans conteste le pays où il y a le plus de choix.

Je ne donne aucun chiffre parce qu’internet n’est pas d’accord avec lui-même et que j’aime des chiffres précis, donc je m’abstiendrai bien d’avancer un chiffre, mais l’offre est pléthorique, donc en toute logique, moi qui aime le fromage et qui pourrait faire un repas entier à base uniquement de fromage, quand j’ai vu un jeu sortir sur cette thématique, ma curiosité a été piquée.

Donc nous allons voyager en France, pour produire du fromage français et nous allons voir si les auteurs arrivent à nous faire faire un voyage gastronomique odorant avec tous les fromages que nous allons pouvoir produire.

Le voyage olfactif assez peu odorant

J’aborde immédiatement le point noir du jeu : la thématique.

Pour faire simple : on ne la sent pas (C’est parti pour des jeux de mots faciles et débiles…).

Malheureusement, même si tout est fait pour qu’on puisse voir du fromage partout, il est bien difficile de sentir la thématique dans ce jeu dans lequel on va très souvent résumer l’action qu’on veut faire à « faire du blanc, du jaune ou du bleu », on oublie vite les « pâte molle, pâte pressée, pâte persillée » au profit des couleurs de nos portions de fromage surmontées de nos ouvriers.

C’est dommage, mais quasiment inévitable dans ce type de jeu typé euro.

Une fois cette déception passée, le jeu se révèle être bougrement efficace !

Une mécanique bien affinée

Fromage c’est une mécanique de pose d’ouvriers basique avec un léger twist et un jeu en simultané.

Ajoutez une pointe de gestion de ressources, une course aux points de victoire et à la fin de la partie, et vous avez un jeu avec des règles simples, des mécaniques très simples aussi, mais efficaces.

Je ne vais pas vous faire les règles, je vais juste vous expliquer le twist de la pose d’ouvriers que je trouve malin.

Votre ouvrier représente un type de fromage (pâte molle, pâte pressée, pâte persillée).

Et la forme du support de l’ouvrier est en forme de part de camembert (comme pour le Trivial Pursuit si vous êtes assez vieux pour y avoir joué).
Quand vous allez poser votre ouvrier, 3 choix s’offrent à vous, de votre choix dépendra le moment auquel vous allez récupérer cet ouvrier.

C’est là le twist car la plupart du temps on récupère nos ouvriers en fin de manche ou en fin de tour suivant les jeux, ici point de manches, juste des tours de pose (et des tours de plateau, mais j’y reviendrai plus loin) et de la récupération.

Les choix que vous avez représentent le temps qu’il faudra à vos ouvriers pour faire un fromage.

Voulez-vous un fromage de type bronze, argent ou or ?
Forcément, ça prendra plus de temps pour affiner un bon fromage, plutôt que pour en sortir un tout juste bon à être commercialisé au Lidl du coin !

Donc selon que vous ferez un fromage de bronze, d’argent ou d’or, vous récupèrerez votre ouvrier au prochain tour, dans 2 tours ou dans 3 tours !

Et ça c’est malin, parce qu’il va falloir bien calculer pour savoir où placer vos ouvriers pour les récupérer au bon moment.

Car comme si ça ne suffisait pas comme twist, les auteurs ont décidé de faire un twist aussi avec le plateau de jeu.
Il est divisé en 4 parts de… fromage toujours (C’est bien, vous suivez !) et à chaque tour, après avoir posé un, deux ou vos 3 ouvriers (ou aucun car c’est possible de ne plus en avoir de disponibles), le plateau va tourner d’un quart dans le sens des aiguilles d’une montre et vous jouerez sur un nouveau morceau de plateau, vous donnant accès à un lieu différent.

C’est malin et surtout ça oblige un peu à optimiser parce que chaque portion de plateau possède sa propre manière de scorer.

Donc il faudra anticiper le fait d’avoir un ouvrier à la bonne couleur de fromage pour la section suivante.

Malin !

Un jeu accessible

Cela peut paraitre un peu compliqué, mais c’est vraiment simple, on est sur un jeu que je qualifierais à mi-chemin entre le familial et l’initié.
Les règles sont simples, les mécaniques aussi, le jeu se joue vite et seules les différentes voies de scoring sont un peu plus compliquées, mais en soit, c’est un jeu nerveux grâce au fait que vous allez poser vos ouvriers tous en même temps puisque vous ne jouez que sur la partie qui est face à vous, c’est d’ailleurs le seul inconvénient du jeu, c’est qu’il faut forcément faire face à quelqu’un pour jouer puisqu’on ne peut pas jouer côte à côte sous peine de ne pas bien voir sa portion de plateau.

Mais entre le fait que le jeu se joue en simultané et qu’il ne propose pas 50 choix quand on est face à sa portion de plateau, ça en fait un jeu qui se joue vite et où les temps morts sont assez rares.

Si on ajoute qu’on a la possibilité de jouer avec des bâtiments qui vont nous aider à tordre un peu les règles à notre avantage à certains moments, qu’on a aussi une foule de bâtiments supplémentaires que l’on peut drafter en début de partie pour créer une fromagerie unique et totalement asymétrique des autres, on se retrouve avec un jeu qui offre une énorme rejouabilité tout en étant accessible et rapide.

Alors, le fromage coule ?

Je dois dire que j’ai été agréablement surpris par ce jeu.
Certes il est très accessible, ce qui est un avantage ou un inconvénient selon qu’on préfère les jeux experts aux jeux accessibles.
Malgré cette accessibilité je passe toujours un bon moment parce qu’il est rapide, il est malin et on va quand même chercher à bloquer un peu les adversaires quand on pourra le faire histoire de leur couper l’accès à certains bonus où à certains scorings.

On a donc une interaction indirecte intéressante car bloquer certains emplacements pour les fromages est définitif !

Une fois un fromage fabriqué à un endroit, il ne sera plus jamais retiré, donc nos choix sont importants et bloquer des emplacements pourra être crucial.

Le jeu a été pensé pour être joué en duo, à 3 ou à 4 (en solo aussi, mais c’est identique au duo pour les emplacements du plateau) avec des fiches à glisser dans le plateau central pour empêcher l’accès à certains emplacements et augmenter l’aspect de blocage, ce qui fait qu’il se joue très bien même à 2 ou 3 et qu’il reste très agréable.

Ce twist de la pose d’ouvriers et du mouvement du plateau et ce jeu en simultané en font un vrai bon jeu qui demande de la réflexion sans basculer dans le jeu lourd et expert et qui fait qu’il est toujours agréable à sortir et joli à regarder.
Je ne regrette que la thématique soit absente car on fabrique du fromage, mais on ne sait jamais vraiment quoi et ce ne sont pas les commandes avec un nom et un visuel de fromage qui nous y aideront car on va surtout regarder les logos pour faire les bonnes couleurs et les oublier une fois accomplies.

Dommage car sans ça, le jeu frôlait le sans-faute !

Notre boutique partenaire :

Prix constaté: 45€

Test: Outlive

Test: Outlive

Outlive résume à lui seul le phénomène du crowdfunding qui agite de plus en plus le monde ludo-éducatif. Je lisais dans le dernier numéro Hors Série de Ravage l’interview de Yoann, gérant de la société de distribution Blackrock. Article intéressant au demeurant et qui donne des infos sur le monde de l’éditeur et du distributeur de nos jeux-chéris. La garçon vient de STAPS à la base (j’avais pas mal de potes en STAPS à l’époque et le dénominateur commun semble être que peu d’entre eux sont restés dans le domaine sportif… comme quoi ça mène aussi à tout!) et fête les 10 ans de sa société qui a distribué notamment Garçon, Leader 1, Huuue pour ne citer qu’eux. La partie qui nous intéresse aujourd’hui concerne donc Outlive, carton annoncé au moment de sa mise en orbite sur Kickstarter, et son arrivée sur nos étals au mois de mai 2017.

Dorénavant, de nombreux créateurs et éditeurs de jeux tentent de sauter la case distributeurs et toucher directement leur clientèle par l’intermédiaire de Kickstarter, entre autres. Quand on connaît la répartition des marges sur le prix d’un jeu, et la part qui revient aux différents intervenants, certains peuvent y voir une solution pour augmenter ces marges, tout en s’affranchissant du circuit de distribution traditionnel. Bref on touche au commerce et marketing du monde ludique mais ça permet quand même de saisir l’opportunité que peuvent constituer les plateformes participatives pour certains acteurs, créateurs ou éditeurs.

Yoann donc, nous explique dans cette interview que selon lui, Kickstarter peut cohabiter avec le circuit traditionnel (nos boutiques spécialisées) et même offrir une vitrine plus importante pour des jeux orientés experts et moins vendeurs en boutiques tradi. On s’orienterait donc vers un développement parallèle des projets sur Kickstarter, et des jeux en boutiques tradi, sans que l’un et l’autre ne se gênent. Et des passerelles sont même créées entre les 2 avec cet excellent jeu Outlive notamment. Le projet a eu un retentissement assez hallucinant sur Kickstarter et a bouclé sa campagne sur un vrai succès, en développant un vrai engouement pour ce beau projet. Est-ce que ça restera un épiphénomène ou ce genre de passerelles va t-il se développer? On pourrait donner raison à Yoann puisque d’autres exemples fleurissent déjà, notamment avec l’excellent Scythe, qui dès qu’il sera de nouveau disponible viendra garnir la ludothèque du labodesjeux.

 

Bon maintenant on va examiner Outlive de plus près!

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– mise en situation du jeu –

Outlive se déroule dans un univers post-apocalyptique après un désastre nucléaire. Des groupes de survivants doivent récupérer les ressources dont ils ont besoin pour survivre et développer leur abri anti-atomique. Le but est d’être le clan le plus productif pour être sélectionné par le « convoi », sorte d’arche de Noé qui arrive à la fin du jeu pour emmener ce clan vers le dernier paradis de ce bas-monde.

Les similitudes avec l’excellente série « The Walking Dead » sont nombreuses, si l’on enlève les zombies. C’est vraiment le côté survie qui prédomine. Vous allez devoir gérer vos survivants, collecter et conserver des ressources, améliorer votre abri, et faire avec les clans ennemis qui cherchent la même chose que vous. C’est du placement d’ouvriers dans un monde ravagé qui ne vous laissera pas de répit.

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– différentes salles de votre abri anti-atomique –

En 6 tours (correspondant à 6 jours) le clan doit récolter le plus de points de victoires possibles pour être le clan « élu » et s’échapper de ce trou radioactif. Univers post-apocalyptique veut bien sûr dire que diverses calamités vont tomberont sur le coin de la tronche à chaque tour, et même s’accumuleront si personne n’y remédie.

Chaque joueur dispose de 4 héros qu’il déplacera sur les différentes zones de la carte, pour collecter, chasser, fouiller ou récupérer de l’équipement. Les rencontres avec les héros des autres joueurs font l’objet de mise sous pression (ou rackets) pour les délester de leur précieuse cargaison. Subtilité non négligeable et intéressante, un joueur ne peut déplacer un héros sur une zone déjà occupée par un de ses héros, ni revenir sur la zone qu’il occupait au début de ce tour.

Le côté anticipation et mise en place de la stratégie définie prend ici tout son sens puisqu’il faudra donc déplacer ses héros dans l’ordre qui permettra au mieux d’atteindre ses objectifs. Il est aussi intéressant d’aller sur la zone « cargo » qui permet de récupérer le token « 1er joueur » et ainsi commencer à déplacer son héros en premier lors du prochain tour.

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– exemples d’équipements et de diverses ressources – 

Vient ensuite la phase « nuit » durant laquelle le joueur va gérer son abri atomique. Il pourra résoudre les événements (payer le coût en ressource des diverses calamités pour annuler leurs effets et récolter les PV correspondants) et gérer la radioactivité qui menace la survie de son clan. Il doit nourrir les survivants qui le composent (avec les ressources qu’il aura collecté durant la phase nuit) au risque de les voir mourir dans le cas contraire, construire et développer des salles qui donnent des bonus divers (plus de ressources collectées la journée, ventilation plus efficace pour contrer la radioactivité etc…) et enfin réparer des équipements qui apportent aussi des bonus lors de la phase journée (mention spéciale au clin d’œil à Lucille la batte de Negan dans Walking Dead 😉
A l’aube les zones de la carte sont réalimentées en ressources et c’est reparti pour 1 tour.

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– la batte de Negan – 

On est obligé de vous parler de la direction artistique du jeu qui est à tomber par terre. Le jeu est très beau et bien réalisé. C’est un vrai plaisir d’aller chasser pour récupérer des petites côtelettes de gibier, et d’accumuler ses ressources. Le plateau est superbe et très clair. Un vrai coup de chapeau à l’illustrateur Miguel Coimbra qui réalise encore un travail incroyable sur ce jeu! L’homme n’est plus à présenter tellement sa patte se retrouve sur de nombreux jeux qui ont cartonnés (7 Wonders, Smallworld, Cyclades entre autres). Nous accordons une place toute particulière à l’esthétique des jeux et quand le résultat est nikel, il est bon de le souligner!

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– exemples d’équipements que vous allez pouvoir récupérer dans le jeu –

Verdict

 

Franchement un vrai régal! J’adhère totalement au thème post-apocalyptique (chacun ses goûts) qui est très bien retranscrit ici. Le côté survivaliste est très prenant avec la collecte des ressources et la gestion d’un environnement hostile et une radioactivité qui peut réduire à néant vos efforts de la partie journée si elle n’est pas bien gérée. La prise en main est rapide même si la mise en place et le 1er tour peut faire peur, je vous garantis que la fluidité du jeu prend vite le dessus et on prend vite goût au jeu. L’auteur a inclus plein de petites références qui sont bienvenues et s’accordent parfaitement avec la qualité du travail de l’illustrateur. J’aime ce côté « Walking Dead » (les zombies en moins) qui oblige le joueur à fouiller les endroits où il se trouve, chasser et collecter afin de construire et améliorer son abri. Le hasard n’est que peu présent dans ce jeu et c’est tant mieux je trouve. Les mécaniques de jeu sont simples avec un placement d’ouvriers dans l’abri et la gestion de ressources mais elles sont parfaitement adaptées au thème.

Petit bémol sur la mise en place. Il y a énormément de composants pour ce jeu, et certains éditeurs ne soignent pas assez le rangement et l’organisation des boites. C’est le cas ici avec de simples sachets zip (t’as pas dit zip!). Du coup forcément ça prend du temps à mettre en place et à ranger…

Sur les parties que l’on a fait avec des nouveaux joueurs à chaque fois, l’explication semble complexe lors de l’énoncé des règles et de la présentation du jeu, mais au début du 2ème tour de jeu, tout le monde avait déjà pratiquement tout saisi. Ça s’enchaîne quand même plutôt bien, c’est logique et très immersif.

Bref vous avez compris, nous à l’équipe du labodesjeux, ça nous a bien plu! Perso je le recommande fortement et si l’univers et la patte graphique vous plaisent, vous ne serez pas déçus! Je vais essayer de tester les règles pour le jeu en solo qui sont dispo ici.

 

Prix constaté: 43.90€

Pour l’acheter: philibert