Test : Paneveggio
D’habitude je peux me permettre de raconter un peu n’importe quoi dans cette section, parce que le jeu que je vais évoquer a déjà sa petite notoriété. Pas besoin de l’introduire. Même les jeux un peu confidentiels ont leurs suiveurs, parce qu’ils sont publiés par un éditeur qui a sa petite cote par exemple, ou que l’auteur a sorti d’autres jeux auparavant. Et puis il y a les jeux comme Paneveggio, un 1er jeu marron brun de Lionel Graveleau, édité par Creative and Cool. Le genre de jeu sur lequel tu ne tombes que par le plus improbable des hasards, ici une discussion à bâtons rompus autour d’un énorme morceau de viande lors du dernier Essen. A l’époque Luthier faisait déjà parler de lui, mais mon pote Zno les bons tuyaux avait un autre jeu musical à me proposer, après être allé jeter un coup d’œil au stand d’à côté au lieu de faire le boulot pour lequel il était payé. Paneveggio donc, un eurogame de programmation d’action qui semblait faire dans l’originalité. J’avais contacté l’éditeur à peine le repas terminé, reçu une réponse dans l’heure et la boite dans la semaine. Et depuis, il était resté dans un coin. Je pense qu’inconsciemment je savais qu’écrire l’article qui suivrait allait être une tannée.
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Crescendo vers la migraine
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Non pas que Paneveggio soit compliqué à jouer, quand on a compris ce qu’il attend de nous. Mais qu’est-ce qu’il est pénible à expliquer ! C’est le genre de jeu où tu sens le cerveau se réfugier dans un coin en appréhendant les coups de tatane qui s’annoncent. La lecture des règles ne trompe pas d’ailleurs : l’enchaînement des étapes parait un peu obscur, certains points ne prennent sens qu’une fois la partie commencée et surtout, la mécanique au cœur du jeu laisse présager un degré de complexité élevé. Cette mécanique, c’est la partition qui figure la séquence d’actions que vous allez réaliser lors de votre tour de jeu. C’est carrément original, et c’est joliment lié au thème musical, puisque tout le jeu va tourner autour des violons que nous allons construire pour des musiciens plus ou moins prestigieux. N’allez pas croire cependant qu’il s’agit de l’un de ces jeux avec un milliard de petits ajustements pour justifier thématiquement nos actions. Je te vois Vital. Au-delà de la partition, le jeu reste assez sobre, même si notre première partie a rapidement viré à la réflexion coopérative, essayant de déchiffrer ensemble les informations à notre disposition, et de déterminer ce qu’il était possible de faire et pourquoi diable on construirait un violon pour ce monsieur Bach.
Pour gagner des points pardi ! Au moins la chose est claire, on est loin ici de la salade de points : il faudra essentiellement fabriquer des violons pour les musiciens les plus prestigieux possibles, et également installer des apprentis qui apporteront des scorings de fin de partie, en plus de bonifier les actions de votre partition. Ça tombe bien, le tour d’un joueur va tourner essentiellement autour de ces deux objectifs. Le monde est bien fait. S’il choisit d’activer sa séquence d’action, sa partition dictera les actions qu’il réalisera, leur puissance, ainsi que l’ordre dans lequel il fera tout ça. Par exemple, un pion noir placé sur la ligne « Couper du bois » permet d’ajouter un bois de qualité 1 à son stock. Mais si 3 pions se suivent sur cette même ligne dans la partition, alors on obtiendra directement un bois de qualité 3. Le même principe s’appliquera aux autres actions activées, qu’il s’agisse de gagner des Etudes, de construire des violons à l’aide du bois en stock, de solliciter l’aide des musiciens pour lesquels on aura fabriqué lesdits violons, ou encore d’entretenir les délicats instruments pour éviter la casse abrupte. Evidemment on ne va pas se contenter de réaliser la même séquence ad vitam aeternam, on utilisera avec le plus grand soin les Etudes précédemment mentionnées pour modifier la partition, l’ordre des actions, leur puissance, en modifiant la hauteur d’un pion, en en inversant deux, et ainsi de suite. Vous suivez toujours, bien sûr.
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credits photos : creative and cool
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Molto agitato
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Mais si vous croyez que les nœuds au cerveau s’arrêtent là, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’à l’orteil. C’était juste l’échauffement. Parce qu’en plus du bois, des sous et des Etudes, qui sont des ressources plutôt classiques, il y a aussi les cartes que les joueurs auront en main. Associées à l’une des cinq actions, vous pourrez les défausser pour augmenter brièvement la puissance de l’action jouée. Un peu de flexibilité dans ce monde de brut, c’est toujours appréciable. Mais vous souhaiterez également les garder et les poser lors des phases de conservation, parce qu’il s’agit également de musiciens et d’apprentis. Les musiciens amèneront des emplacements pour créer des violons plus prestigieux, tandis que les apprentis rendront les actions de base plus intéressantes, et déclencheront des scorings de fin de partie. Et puis aussi… NON MAIS C’EST PAS BIENTÔT FINI ?! Hum. Pardon. J’avoue que cet article est en train de virer à la paraphrase des règles. C’était le piège, je le savais, et je suis tombé en plein dedans.
Si vous le permettez, je vais donc m’arrêter là dans l’explication laborieuse, et on va plutôt parler ressenti. En même temps, vous n’avez pas le choix, c’est moi qui tiens le clavier. Je le disais en préambule, Paneveggio n’est pas un jeu thématique. Tout un tas de choses ne font aucun sens. Impossible par exemple de justifier pourquoi une certaine séquence doit apparaître dans notre partition pour pouvoir poser un apprenti. Encore moins pourquoi celui-ci rapporte des points en fonction des cartes restant dans notre main en fin de partie. Et ce n’est pas grave. L’intérêt ici réside plutôt dans la contrainte que le jeu impose aux joueurs. Il y a un horizon bien défini à atteindre, placer des violons sur un musicien de niveau 4, ce qui nécessite de remplir les conditions de pose du personnage, et donc de produire des violons de plus en plus prestigieux au préalable. Comment alors optimiser notre chaîne d’actions pour que sa répétition, à l’identique d’un tour à l’autre, continue malgré tout à nous faire progresser sur ce chemin. L’apprentissage du jeu passe donc par trouver le moment opportun pour apporter une légère modification à notre séquence, ou encore identifier le tour lors duquel il vaudra mieux rappeler ses violons plutôt que de chercher à les entretenir juste une fois de plus et à profiter des bonus accordés par les musiciens ainsi équipés.
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credits photos : creative and cool
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Bis
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C’est vraiment satisfaisant, et j’en veux pour preuve les petits gloussements qu’a poussé Zno tout au long de sa partie de découverte. La contrainte est réelle, mais à l’inverse d’autres titres, elle n’étouffe pas non plus le jeu. Elle donne des outils, limités, avec lesquels on doit se débrouiller pour créer un semblant de moteur, et ça marche. Je comprends cependant que ce ne soit pas du goût de tout le monde. Certains regretteront l’aspect un peu artificiel de cette programmation d’actions, tandis que pour d’autres, le risque de combustion spontanée des neurones est réel. Je trouve d’ailleurs assez formidable cette idée de proposer, lors d’une première partie (et des suivantes, je n’ai aucune honte à le dire), plusieurs decks de départ possibles, chacun offrant une orientation initiale différente. On sent que l’auteur a pris en compte le retour de joueurs perdus lors de la phase de draft qui a lieu lors de la mise en place classique. Et clairement, je ne vois pas bien comment on peut avoir la moindre idée des combos possibles et des synergies existantes avant d’avoir une dizaine de parties derrière soi. De plus, il y a un vrai plaisir à explorer et exploiter ces différents sets de départ.
J’ajoute donc volontiers Paneveggio à ma ludothèque : une taille de boite tout à fait raisonnable, des mécaniques originales et plaisantes à découvrir et apprivoiser, un temps de jeu contenu, et une vraie marge de progression. Que demander de plus ? Une rejouabilité de dingue ? Je ne pense pas que ça soit le cas : il n’y a pas un milliard de cartes et les effets qu’elles proposent ne présentent pas une grande variété. On aura vite fait le tour de ce qu’il est possible de faire. Mais Paneveggio reste un jeu auquel je reviendrai avec plaisir, parce que je voudrai améliorer son aptitude à exploiter ma main de départ, afin de tendre le plus vite possible vers la fabrication des 12 violons et déclencher la fin de partie. Je n’en suis bien sûr pas là, et du jus de cerveau aura coulé en quantité avant que je n’y arrive. En attendant, il y aura toujours la satisfaction pas du tout malsaine d’initier de pauvres innocents, et de voir leur visage se décomposer lors de la lecture des règles. Pour une fois qu’un jeu propose une mécanique un peu différente, il serait dommage de le laisser prendre la poussière sur une étagère.

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Prix constaté : 36 €
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