Test : On Lâche Rien !

Test : On Lâche Rien !

Cette critique a été rédigée à l’aide d’une boite fournie par l’éditeur que nous remercions.

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Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas m’étendre longuement sur le jeu en lui-même. Ce n’est pas tellement ce qui importe. On lâche rien ! est un jeu d’observation et de réflexes archi-classique. Les joueurs vont placer leurs cartes sur trois tas différents, quand une combinaison apparaît il faut taper le plus rapidement possible sur la bonne carte. C’est du vu et revu mais rien de honteux pour autant. On n’en fera pas douze parties d’affilée mais on passera un bon moment. A condition d’avoir bien choisi ses joueurs car, comme vous le dirait tout bon CRS, l’essentiel n’est pas la manière de frapper mais de bien choisir sa cible.

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On avait dit pas de politique !

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Les CRS tapent sur les manifestants, les gilets jaunes réclament la démission des élus et les politiques, eux, ne font pas grand-chose. Oui, “On lâche rien !” est un jeu politique dans le sens le moins subtil du terme.

Et c’est grave ? Non. Franchement non. Détendez-vous. Même si le propos est politique, le traitement est bon enfant. Pas d’incitation à la haine de qui que ce soit même si, tendances de gauche oblige, élus et policiers en prennent pour leur grade. Si ce genre de discours jure avec votre couleur politique, évitez juste d’y jouer. Vous survivrez à son existence et, à la différence de certaines personnalités nauséabondes, On lâche rien !  ne s’imposera pas à vos tympans et vos rétines sur toutes les chaînes de télévision pendant des années.

Est-ce intéressant ? Alors là, je me garderai bien de répondre à cette question. Je suis sûr qu’avant même la lecture de ce test vous avez déjà une réponse et je n’ai pas d’avis ou d’éclairage particulier qui pourrait faire évoluer votre opinion.

Est-ce efficace ? Là, la question m’intéresse déjà plus.

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Puisqu’on te dit que tout est politique !

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Le jeu est-il le porteur efficace d’un message politique ? Voilà une question qui aurait pu renouveler un peu les sujets du bac philo. Je dis “efficace” parce qu’à mon sens, le jeu a indubitablement quelque chose de politique. Comme tout objet culturel, il charrie (sans le vouloir la plupart du temps) des visions du monde souvent inoffensives, parfois problématiques. En dépit d’un encart maladroit glissé dans ses règles, le jeu Mombasa véhicule malgré lui l’idée que la colonisation n’ait été qu’une vaste opération commerciale, occultant le sort réservé aux populations autochtones. Ce n’est pas pour rien que sa dernière version, Skymines, ait été totalement rethématisée sur une planète lointaine, très lointaine, sans la moindre forme de vie.

Pour autant, je reste persuadé que l’information politique se transmet mieux quand elle n’est pas assénée comme un direct du gauche. Choisir des femmes pour tous ses personnages comme l’a fait One Deck Dungeon aura, à son échelle, plus d’incidence que d’aborder frontalement un thème politique. Présentée de manière discrète et répétée, une idée peut infuser dans les esprits. Exposée frontalement, elle cristallisera les opinions.

On ne va pas se le cacher, On lâche rien ! sera majoritairement acheté et joué par des personnes déjà acquises aux propos qu’il énonce. La raison d’être de ce jeu n’est pas de convertir les masses mais de savourer le plaisir de savoir qu’autour de la table, on partage autre chose qu’un bon moment. Il n’apporte rien de nouveau mais nous rappelle ce que l’on sait déjà et qui pourtant s’oppose à un discours politique ambiant. La manifestation est un droit et un mode d’expression politique, légitime et démocratique.

Si vous lisez cette critique pour savoir si On lâche rien ! ne prend pas les gens de gauche pour des bêtes à tondre, rassurez-vous. Le jeu est plaisant et bien édité. Les règles sont accessibles, claires et les illustrations faussement naïves d’Allan Barte (un illustrateur politique que je vous invite à découvrir) sont agréables et variées. S’il n’a rien de révolutionnaire, On lâche rien ! permettra de se souvenir, le temps d’une partie, que les idées de gauche existent encore.

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