Ecrire sur un jeu estampillé Seigneur des Anneaux m’est extrêmement pénible. A chaque fois, ça me prend des plombes, je finis par manquer de sommeil, j’ai la peau qui devient grisâtre, j’ai des maux d’estomac terribles, c’est un calvaire. Pas étonnant en même temps : il suffit de lancer une partie de Voyage en Terre du Milieu ou, aujourd’hui, de ce Pandemic sauce Hobbit pour avoir envie de me refaire la trilogie en version longue. Douze heures de grand spectacle, forcément ça n’aide pas à accumuler le temps de jeu s’il faut faire entre chaque partie une pause pop-corn et soda ultra-sucré sur 2 jours. J’espère donc que vous apprécierez à sa juste valeur cette critique, que dis-je, cette chronique du Destin de la Communauté de l’Anneau. Oui, le titre aussi est en version longue.
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Echange virus de la gastro contre Gouffre de Helm
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Histoire de tous commencer sur le même pied, on parle d’un jeu de la gamme Pandemic : on dirige un ou des personnages sur une carte du monde, à son tour on réalise 4 actions, puis on pioche 2 cartes pour compléter sa main et enfin on révèle un certain nombre de cartes Ombres qui auront le don de mettre les joueurs dans une merde noire. Les personnages viennent avec leurs capacités propres, c’est du vu et du revu, les joueurs ne devraient pas être dépaysés. Et en fait si, le ressenti n’est plus du tout le même. On est bien plus dans un jeu Seigneur des Anneaux que dans un Pandemic, et on va essayer de comprendre pourquoi.
La première chose qui saute aux yeux, c’est que le jeu a sacrément de la gueule pour un Pandemic, un peu comme Peter Jackson qui prend un bouquin de 50 pages et en fait une trilogie avec Benedict Cumberbatch incarnant un dragon. Certes, toutes les itérations ne se contentent pas d’un plateau sexy comme un tableau Excel, quelques cubes et un paquet de cartes, il n’y a qu’à voir ce qui a été fait pour World of Warcraft ou Cthulhu. Mais là on a carrément la tour à dés, les Nazgûls qui survolent… attendez, je reviens, j’ai très envie de revoir la scène où Frodon et ses potes aux pieds poilus se planquent sous une grosse racine pendant que l’encapuchonné en noir les renifle. Qu’est-ce que je disais ? Ah oui, le matériel. Ça met tout de suite dans l’ambiance, et la mise en place n’est pas en reste. En plus de l’objectif obligatoire demandant de détruire l’Anneau (qui l’eut cru ?), les joueurs sont invités à en choisir ou en piocher 3 autres parmi 23, qui reprennent les événements narrés par les livres et les films : on y verra le challenge de Sauron, le combat contre le Balrog ou encore l’exorcisme de Theoden. Ah ! Vous aussi, ça commence à vous démanger la télécommande !
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Le Mordor, Gandalf, c’est à gauche ou à droite ?
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Chaque objectif demande d’utiliser certains personnages qui seront d’office dans le pool qu’on complète afin d’obtenir 2 personnages par joueur. Chaque joueur récupère le duo de son choix, il ne reste plus ensuite qu’à revêtir sa chemise en mithril et à partir affronter les armées du Mordor. Se dresse ici le premier écueil, un peu comme quand le lecteur arrive chez Tom Bombadil : si tu ne fais pas gaffe, c’est ici que s’arrête ton aventure. Comme les capacités propres aux personnages ont l’air plutôt sympa, et qu’en plus elles sont très thématiques, la tentation est grande de tourner en boucle sur celles-ci, au risque de se sentir totalement guidé par le jeu. Ce qui rend forcément l’expérience bien moins intéressante. Et ça serait dommage, surtout que les actions de base ne sont pas celles que l’on rencontre habituellement dans un Pandemic : les joueurs auront également la possibilité de convertir leurs cartes en jetons pour éviter de dépasser la limite de cartes en main, de créer de nouvelles armées du Bien, de les faire se friter contre les gros vilains, en plus bien sûr de se déplacer, qui est vraiment le cœur du jeu. Certaines routes, plus difficiles, dramatiques, épiques, demanderont de dépenser des symboles, tandis que Frodon ou quiconque le prenant sur le porte-bagage devra réaliser un test de Traque, histoire de voir si l’œil de Sauron l’a repéré ou pas. De plus, comme les objectifs sont liés à des lieux spécifiques, et non pas des topologies d’endroit (oubliez les laboratoires ou les centres de ravitaillement dont vous aviez l’habitude), vous allez être obligés de traverser la carte dans un sens puis dans l’autre. Ça sera également le seul moyen de retirer les armées adverses du jeu, puisque vos petits soldats ne se déplaceront pas tout seuls et qu’il faudra les prendre sous votre gros bras musclé pour les transporter de leur lieu d’apparition jusqu’au site de la bataille.
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Brouillard de guerre
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On voit donc que le livret de règle diffère sacrément de celui qu’on trouve dans les autres Pandemic, et c’est là la grande force du Destin de la Communauté, le thème. Mais quand il devient à ce point-là omniprésent, cela peut aussi devenir un handicap, parce qu’il brouille un peu la lecture de la situation, et celle des différentes priorités à gérer. Dans le Pandemic classique, c’est plutôt clair : il y a des cubes maladies qui popent, il faut les enlever avant que ça fasse boule de neige. Il y a des vaccins à obtenir, il faut défausser un certain nombre de cartes pour ce faire. On voit assez facilement où il faut aller, et ce dont il faut s’occuper avant toute chose. Ce n’est plus tout à fait la même ici : même si l’échelle d’éclosion est simplement remplacée par une piste d’Espoir, et que les cubes ont maintenant l’apparence d’armées sanguinaires, il est plus difficile d’identifier les points chauds, parce qu’il n’y a pas le phénomène d’éclosion, et parce que les armées ont un comportement un peu différent.
En effet, on ne pose pas les armées directement sur le plateau. A la place, la carte Ombre qu’on tire à la fin de son tour indique d’où partent les armées, et où elles se dirigent. On suit alors l’itinéraire dessiné sur le plateau pour déterminer dans quel lieu elles s’arrêtent. Et si ce lieu est occupé par des armées elfes, nains ou humaines, c’est la guerre, résolue à coups de dés. Rien de très gênant, les soldats, ça se remplace. Le problème, c’est quand les Trolls viennent te défoncer l’un de tes refuges sans plus personne pour le défendre : perdre 3 Espoirs sur une piste qui en compte 8, ça pique. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales des défaites, et on ne le voit pas forcément venir : bon alors, cette armée suit ce chemin, elle passe par là, par là, elle arrive ici… Ah. Bon bah on a perdu !
Ces cartes Ombres se gèrent d’ailleurs de manière assez originale : possédant 2 moitiés différentes, c’est le dos de la carte du dessus du paquet qui indique quelle moitié de la carte s’active. Ce qui fait que lorsqu’on remélange le paquet à cause d’une carte « Le Ciel s’Assombrit » (pensez Accélération), les cartes Ombres qui vont sortir par la suite n’auront peut-être pas les mêmes effets, puisque l’indication donnée par le dessus du paquet différera peut-être. On perd l’un des principaux moyens d’atténuer le risque de tout faire péter, quand on pouvait essayer d’estimer quelle ville risque de se faire infecter de nouveau rapidement. Les ordres de Sauron sont impénétrables, ce qui me fait penser à cette scène où Aragorn saisit la… Roh ça va, ça va, j’arrête.
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Un fun certain. De faibles chances de succès. Qu’attendez-vous ?
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Les mécaniques classiques du jeu de Matt Leacock sont donc largement modifiées pour l’occasion, et j’avoue que je trouve le résultat bluffant. Pandemic n’est pas un jeu que je classe habituellement très haut dans mon panthéon des jeux collectifs, je le trouve un peu plat, avec un aléatoire des fois très injuste, et peu propice aux parties mémorables. C’est de la gestion administrative, ce n’est pas hyper excitant. Je ne saurai dire si c’est l’altération du gameplay habituel ou l’enrobage, mais au final j’ai oublié ces reproches que je fais habituellement au jeu, et j’ai pris grand plaisir à jouer à l’une des meilleures versions du jeu qu’il m’ait été donné d’essayer, au même niveau qu’un Legacy Saison 0 par exemple. Certainement, le fait d’être un grand fan du Seigneur des Anneaux a joué, tant le jeu réussit à merveille à nous faire revivre les aventures de Grands-Pas ou de Gimli, et je ne doute pas que c’est vers lui que je me tournerai quand l’envie me prendra de jouer au Seigneur des Anneaux. Entre deux visionnages du Retour du Roi.
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Prix constaté : 63€
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